« Je n’ai jamais lu de classique, par où je commence ? » Cette question, je l’ai reçue des dizaines de fois, souvent accompagnée d’une petite grimace d’appréhension. On imagine des phrases interminables et des thèmes poussiéreux. Or certains classiques se lisent aussi vite qu’un roman contemporain, à condition de bien choisir sa porte d’entrée. En voici cinq, testées et approuvées.
Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas
Si je ne devais en conseiller qu’un, ce serait celui-là. Le Comte de Monte-Cristo raconte la vengeance d’Edmond Dantès, injustement emprisonné, qui revient sous une nouvelle identité pour faire payer ses anciens amis devenus traîtres. C’est un roman-feuilleton au sens propre : Dumas l’a écrit pour tenir ses lecteurs en haleine chapitre après chapitre, et ça fonctionne encore parfaitement aujourd’hui. Certes, le pavé impressionne en librairie, mais l’édition Folio le découpe généralement en plusieurs tomes qui se dévorent sans effort. Aucun classique ne ressemble autant à un thriller.
L’Étranger, d’Albert Camus
À l’opposé en volume, L’Étranger tient en à peine plus d’une centaine de pages, mais chacune d’elles compte. Camus y suit Meursault, un homme dont l’indifférence apparente au monde va le conduire au tribunal après un meurtre commis sous le soleil d’Alger. La phrase est sèche, presque journalistique, sans fioritures : c’est sans doute l’un des styles les plus faciles d’accès de toute la littérature française du vingtième siècle. On peut le lire en une soirée et y repenser pendant des années.
Bel-Ami, de Guy de Maupassant
Maupassant est probablement l’auteur classique le plus sous-estimé pour débuter, tant son écriture est limpide. Bel-Ami suit l’ascension sociale de Georges Duroy, jeune homme sans le sou devenu journaliste, qui gravit les échelons du Paris mondain en séduisant les femmes qui peuvent l’aider. C’est cynique, rythmé, parfois drôle, et ça se lit comme un roman d’ambition contemporain transposé au dix-neuvième siècle.
Une vie, de Maupassant
Toujours signé Maupassant, Une vie prend le contrepied de Bel-Ami : on y suit Jeanne, jeune fille pleine d’espoir en sortant du couvent, dont les illusions se brisent une à une au fil d’un mariage puis d’une existence de désillusions. C’est plus mélancolique, mais l’écriture reste d’une clarté remarquable, et le roman a la taille idéale, ni trop court ni trop long, pour une deuxième incursion chez les classiques une fois qu’on a pris goût à l’auteur.
Bonjour tristesse, de Françoise Sagan
Publié alors que Françoise Sagan n’avait que dix-huit ans, Bonjour tristesse a le charme immédiat d’une écriture jeune et directe. Cécile, adolescente élevée par un père séducteur et léger, voit son été sur la Côte d’Azur se troubler quand celui-ci envisage de se remarier. C’est court, sensuel, un peu vénéneux, et ça prouve à quel point un classique du vingtième siècle peut sonner étonnamment moderne.
Comment bien choisir son édition
Pour ces cinq romans, je recommande les collections de poche classiques comme Folio ou Le Livre de Poche : les traductions et l’orthographe y sont fiables, le format tient dans un sac, et le prix reste très raisonnable. Les préfaces peuvent être lues après le roman si l’on craint les spoilers, ce qui est souvent mon conseil aux lecteurs débutants.
Une dernière chose avant de se lancer
N’ayez pas peur d’abandonner un classique qui ne vous parle pas pour en essayer un autre : il n’existe pas d’obligation de tout aimer, seulement l’envie de trouver celui qui vous donnera envie de continuer. Commencez par celui dont le résumé vous attire vraiment, pas par celui qu’on vous dit être « le plus important ». C’est ainsi qu’on devient, sans s’en rendre compte, lecteur de classiques pour la vie.









